VIVA* LE NÉGATIF !

Au milieu des années 60, deux hommes créent un laboratoire photographique professionnel. Leurs femmes - inspirées par l’élan de la publicité et de la mode - le nomment Publimod. Ce nom est devenu central, voire mythique dans un Paris alors capitale mondiale de la photographie. Les grandes agences, Magnum, Rapho, Gamma, Cosmo, les grands médias, Vogue, Géo, ainsi que les photographes déjà ou bientôt connus viennent là, rue du Roi de Sicile.

Les délais serrés, les coursiers se bousculent alors que Jules Steinmetz dans son bocal tire Cartier-Bresson, Doisneau, Willy Ronis ou Edouard Boubat. Aujourd’hui, à deux pas, rue de Sévigné, Sam, Pascal, Jean-Louis et Philippe sont aux manettes, sous la houlette de Brigitte. On y voit les clichés de Marc Riboud, Sabine Weiss, Karl Lagerfeld, Peter Linbergh, ... des tirages pour des musées, des galeries, des collectionneurs ou des amateurs.
Invitation
Mais quelque chose a changé.
Le numérique est devenu le standard depuis une grosse dizaine d’années, internet permet d’échanger et de travailler des photos par simple affichage, sans même qu’elles soient tirées. C’est pourquoi Publimod s’est muée en coopérative, L’Atelier Publimod.
« On connaît le risque de l’argentique, mais on le relève quand même ! » dit Brigitte.
Pourquoi l’argentique mérite-t-il qu’on en prenne le risque ?

Le tirage à la main est un véritable savoir faire au résultat unique. Unique, non seulement parce qu’il est « incomparable », mais aussi parce que chaque tirage argentique est original. En 1935, Walter Benjamin rédigeait son essai « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique ». Paradoxalement, ici, même infiniment reproductible, le tirage à la main produit un résultat unique.
Le photographe a beau envisager le résultat final, le tête-à-tête entre le tireur et le cliché dans la chambre noire reste un mystère. Que se passe-t-il dans cette obscurité humide, chimique, souvent sur fond de jazz ? L’œil et les mains du tireur sont les traducteurs du négatif, ils vont doser la tonalité et les contrastes de l’image. « Déboucher » une partie trop sombre, « faire sortir » un élément trop effacé ; et sur- tout donner une tenue générale à la photo, la rendre viable. Comme un obstétricien.

Le tireur est au photographe ce que le fondeur est au sculpteur, l’imprimeur au graveur, le lithographe, ... Il est le collaborateur essentiel. Au point d’entendre souvent parler du « tireur de untel » ; comme le bras manufacturier. Celui qui fait que « la belle ouvrage » puisse être. On est proche des métiers d’art, des compagnons du tour de France ou des meilleurs ouvriers.
La prise de vue ne suffit pas. Un tirage contribue à révéler une photo. Certes le sujet est connu du photographe, mais certaines lumières, le grain, la matière même sortent des mains expertes. Pour certaines éditions de luxe, il est fréquent de numériser des tirages, car même les logiciels n’atteindront pas cette qualité. Le tirage manuel à l’agrandisseur est une œuvre d’exception.

Au Centre Pompidou vient de se tenir la très belle exposition Henri Cartier-Bresson. Une particularité de cette rétrospective était le choix fait par Clément Chéroux, le commissaire, d’y privilégier les tirages d’époque. La qualité de ceux-ci est un élément d’appréciation de l’image, et de son temps.

Oui ce travail est devenu un luxe. On ne confie pas un dîner d’exception à Picard.

À partir du mardi 24 juin 2014, L’Atelier Publimod organise une exposition, c’est une tradition que de présenter des clichés sur les murs du labo.
Celle-ci est particulièrement importante, parce qu’il est nécessaire de parler et faire parler de son savoir-faire. Cette fois, ce seront 10 regards, une vingtaine de tirages qui seront présentés. Dans des formats, des situations, des techniques et des objectifs différents. Mais tous argentiques.

Au 26 rue de Sévigné, entre Saint-Paul et la place des Vosges, sonnez à l’interphone, poussez la grille, le labo est dans la cour. Venez le jour du vernissage ou après, entrez voir l’exceptionnelle qualité de ce travail. Vous serez bien accueillis.

N’hésitez pas à venir accompagnés des images qui comptent pour vous, tant qu’elles sont en négatif. Viva* le négatif !
François Kenesi
* le mot « viva » qualifie un tirage où apparaissent les marges du cliché, c’est à dire la partie de gélatine non impressionnée. Il vient du nom de l’Agence Viva qui en faisait la demande. Ce liséré (transparent en négatif) qui entoure la vue dessine sur l’épreuve un trait noir. Pour certains ce filet contrarie la photo, pour d’autres c’est un encadrement naturel ou une garantie que la photo prise n’a pas été recadrée au tirage.

L’Atelier Publimod est un laboratoire de développement et tirage argentique traditionnel.
Depuis 2007 repris par ses salariés en coopérative.
Une expérience, un professionnalisme reconnu des photographes et une complicité réelle avec eux, font de l’Atelier Publimod l’adresse incontournable de l’Argentique.